HANNA
De Joe Wright
(USA/Angleterre/Allemagne – 2011)
Avec Saoirse Ronan, Eric Bana, Cate Blanchett, Jason Flemyng
Genre : action/aventures/espionnage / 1h50
Sortie cinéma : 6 juillet 2011
Oyez…Oyez… !
Qu’on se le dise, les films d’actions testostéronés ne sont plus l’apanage des machos bodybuildés. Depuis les James Bond girls, parmi lesquelles certaines mettent la misère à un 007 parfois dépassé, où encore l’apparition de combattantes chinoises aussi charmantes que souvent fatales et mortelles (Michelle Yeoh fût probablement la première avec le sublime Tigre & Dragon, bien avant les très mignonnes Zhang Ziyi et Maggie Q), le cinéma enrichit sa galerie de wonder-women à faire trembler les meilleurs combattants masculins…Jason Bourne n’a qu’à bien se tenir. Si ces dernières décennies c’était Geena Davis (Au revoir à jamais) ou Angelina Jolie qui s’y collaient (dans une moindre mesure Lara Croft, ou plus récemment Salt), on a vu débarquer des femmes au caractère bien trempé. Que ce soit chez Besson (Nikita/Leon/Jeanne d’Arc/Le cinquième élément), Tarantino (la mariée dans Kill Bill) ou les plus prosaïques, mais néanmoins charmantes Rhona Mitra (Doomsday) ou Kate Beckinsale (Underworld), où la toute récente Zoë Saldana (Colombiana) le cinoche en général enrichit encore aujourd’hui sa galerie d’un nouveau personnage, intéressant à plus d’un titre…Hanna.
Jeune fille élevée dès son plus jeune âge aux techniques de combat, maniement des armes (blanches ou a feu)
dans un environnement hostile (très beaux paysages finlandais au début du film) par un père dont on sent un indéniable côté agent secret…cette dernière sera l’instrument de vengeance d’un père (Eric Bana) qui faisait partie d’un projet gouvernemental avorté de manière brute, visant à créer génétiquement des combattants parfaits.
Multilingue, très éduquée sur un monde qu’elle ne connaît pourtant pas, elle va découvrir ce dernier tout en exécutant la mission que lui a confié son père…tuer la responsable de la mort de sa mère. J’ai bien dit LA responsable. Encore une femme qu’il ne vaut mieux pas chatouiller trop longtemps. Cette dernière, est interprétée par une Cate Blanchett volontairement froide et manipulatrice.
Maintenant que le décor et l’ambiance sont plantés, parlons du film…Porté par Saoirse Ronan, la révélation grand public de Peter Jackson dans son noir, mais sublime Lovely Bones, le film est beaucoup de choses à la fois…tantôt très rythmé dans les scènes de combat, tantôt plus calme avec des scènes tirant sur la comédie, tantôt intimiste quand notre jeune héroïne découvre l’amitié avec une jeune touriste française, le tout porté par une partition techno (The Chemical Brothers), l’ensemble se révèle aussi surprenant, que bizarre, et quelque peu dérangeant.
Si la première demi-heure est très visuelle, avec de superbes paysages enneigés, le reste du film est somme toute très différent. Pas inintéressant car, certaines scènes sont percutantes et très techniques…à ce titre la scène de combat sur le port avec les containers cargo à dû être un véritable cauchemar logistique car tournée en un long plan séquence très maîtrisé (le réalisateur avait déjà fait de même dans son précédent film Reviens-moi, déjà avec Saoirse Ronan), donc très réussi.
Mais au final, on reste dubitatif devant la finalité de l’histoire, cette dernière étant alourdie de personnages à la limite du caricatural parfois.
Mais personnellement, je suis quand même resté admiratif du charisme de la jeune actrice au regard envoûtant (c’est pas possible des yeux pareils !!!) et à la fragilité paradoxale, qui contraste violemment avec ses capacités de tueuse implacable.
Saoirse Ronan, si elle choisit bien ses films, deviendra, à n’en pas douter, une bonne actrice capable de grandes
choses. Après Jackson elle tourne avec l’australien Peter Weir dans Les chemins de la liberté. Et la liberté, elle semble pour le moment la connaître, puisque son prénom signifie "liberté" en irlandais. Gageons qu'elle saura la garder.
Si ce film reste en demi teinte (superbe réalisation assez stylisée…trop parfois peut-être, mais scénario et personnages pas très aboutis, musique qui peut paraître trop originale, et pas assez conventionnelle) , elle n’en est qu’au début de sa carrière, et nous prouve néanmoins sa capacité d’adaptation à un film qui aurait gagné à plus de simplicité dans sa narration, avec moins d’extravagances visuelles (ça fait très clip vidéo par moments, surtout avec de la techno parfois abrutissante) qui desservent un film qui aurait pu donner quelque chose de très bon avec un réalisateur plus expérimenté.
Pas un chef-d’œuvre, mais pas une sombre bouse non plus, le film possède autant d’atouts (Saoirse Ronan, des plans parfois très maîtrisés), que de défauts (un jeu d’acteurs chez les « méchants » limite ridicule, une bande son pour moi inadéquate).
Un film qui remplit néanmoins son quota de divertissement. 13/20
INTOUCHABLES
d'Eric Toledano & Olivier Nakache
Avec François Cluzet, Omar Sy, Anne Le Ny, Audrey Fleurot
(France – 2011)
Genre : Comédie dramatique / 1h50
Date de sortie cinéma : 02 novembre 2011
A la suite d’un accident de parapente, Philippe, riche aristocrate, engage comme aide à domicile Driss, un jeune de banlieue tout juste sorti de prison. Bref la personne la moins adaptée pour le job. Ensemble ils vont faire cohabiter Vivaldi et Earth Wind and Fire, le verbe et la vanne, les costumes et les bas de survêtement… Deux univers vont se télescoper, s’apprivoiser, pour donner naissance à une amitié aussi dingue, drôle et forte qu’inattendue.
Que dire de plus que ce qui a déjà été dit ailleurs, et par de plus en plus de gens favorables envers ce film ? Pas grand-chose en fait…les entrées salles témoignant souvent du succès d’un film, sans pour autant mettre en lumière ses qualités artistiques (il y a des vrais chefs-d’œuvre qui n’ont pas fait le nombre d’entrées qu’ils auraient pourtant mérité, et d’autres qui ont fait un nombre incalculables d’entrées sans pour autant que ce soit des chefs-d’œuvre), Intouchables semble en effet s’envoler vers des sommets inespérés et forcément vertigineux. Et c’est tant mieux, car vraiment mérité pour ma part.
Vous l’aurez deviné, à mes formulations, j’ai été conquis comme beaucoup par ce film simple, sans esbroufe, qui dégage une authentique aura de film évènement (d’aucuns diront culte, pour ne pas dire « santo subito »). Car, oui, c’est ce qu’il est finalement, un évènement véritable, presque un miracle dans le cinéma français comme il nous est donné de voir que trop rarement, peut-être une fois par décennie, non seulement pour ceux que le cinéma français désespérait de revenir à la comédie dramatique, secteur ô combien dominé par les ricains. Si en France on sait faire des films, on n’est pas vraiment doué pour le mélange des genres…c’est soit de la comédie pure, soit un drame absolu, ce dernier souvent noyé dans un pathos parfois de mauvais goût.
C’est là où le film de Nakache et Toledano relève le défi casse-gueule de mêler réalité des banlieues avec une justesse et
une étonnante sobriété, au drame (aujourd’hui classique) d’un bourgeois touché dans sa dignité la plus profonde. Le tout avec un humour décomplexé et magnifique pour l’histoire de deux hommes que tout oppose.
Si le film est réussi de ce côté-là, il faut également saluer le choix du titre qui peut se lire à plusieurs niveaux. En effet, en Inde, les « intouchables » sont ceux et celles qui sont parmi les plus pauvres de la population, souvent estropiés, alors contraints aux besognes les plus basses, et forcément les plus sales, au point qu’on ne veuille pas les croiser, encore moins les toucher, car presque plus humains finalement.
Si l’on transpose ce « concept » d’intouchables dans notre civilisation européenne, on peut vite s’apercevoir que les deux catégories qui ressortent chez nous sont les jeunes de banlieues défavorisées (souvent atteints du délit de sale gueule, et associés, à tort ou à raison, à une racaille avide de substances prohibées), et la majorité des handicapés, qui nous rappellent ce qui pourrait nous arriver à tous.
Réunir deux hommes appartenant à ces catégories, et faire de leur relation une véritable amitié plus humaine finalement que celle de la plupart des gens, voilà en fait le véritable message du film. Ces deux là vont se dédouaner des clivages de la société moderne, en faisant voler en éclat les préjugés les plus classiques pour s’élever au-dessus de bien du monde et par là même, devenir « intouchables », mais dans le bon sens du terme cette fois-ci…Que rien ni personne ne pourra atteindre…D’où l’ambivalence du titre.
Porté par un duo tout simplement inattendu, d’où Omar Sy se révèle en fait le meneur incontesté, et incontestable (au point que l’on se demande pourquoi ce n’est pas lui la tête d’affiche) au point d’éclipser la pourtant excellente prestation d’un François Cluzet, que je n’ai par ailleurs jamais apprécié…c’est peu dire, si je suis ici objectif.
Avec des plans savamment calculés, alternant la douleur de l’un, et la « normalité » de l’autre, entre des dialogues cruels de lucidité du personnage de Cluzet, et ceux franchement hilarants de Sy, le tout porté par les partitions musicales de Ludovico Einaudi (qui sont à ce titre très belles et se rapprochent de celles d’un Yann Tiersen inspiré) l’échange mutuel de leur culture, va forcément faire des étincelles pour le plus grand bonheur des spectateurs.
Bien que je n’y croyais pas vraiment, je suis comme beaucoup, conquis et surtout séduit par un cinéma que j’aimerai
voir plus souvent, typiquement français, sans inspiration US. Un cinéma sobre, efficace, intelligent (bien que prévisible il faut bien l’avouer quand même, à prendre comme un conte moderne à la morale implacable), bref…vrai. Si le film est très réussi, il n’échappe pourtant pas à quelques maladresses (rupture de rythme narratif, ou jovialité d’un Omar Sy parfois limite excessif) mais qu’importe. On attend avant tout d’un film, non pas la perfection, mais qu’il nous fasse passer (au-delà d’un message humain) un bon moment, entre rires et franche compassion. Et de ce simple point de vue, c’est quand même plutôt réussi…Chapeau bas Messieurs ! 17/20
LA CONQUETE
de Xavier Durringer
avec Denis Podalydès, Florence Pernel, Bernard Lecoq,Hippolyte Girardot, Samuel Labarthe
(France-2011)
Sortie cinéma : 18 mai 2011
Genre : Docufiction/comédie dramatique - 1h45
6 mai 2007, second tour de l'élection présidentielle. Alors que les Français s’apprêtent à élire leur nouveau Président, Nicolas Sarkozy, sûr de sa victoire, reste cloîtré chez lui, en peignoir, sombre et abattu. Toute la journée, il cherche à joindre Cécilia qui le fuit. Les cinq années qui viennent de s'écouler défilent: elles racontent l'irrésistible ascension de Sarkozy, semée de coups tordus, de coups de gueule et d'affrontements en coulisse. La conquête : L'histoire d'un homme qui gagne le pouvoir et perd sa femme.
A quelques encablures d’un mandat présidentiel touchant à sa fin, le « petit » Nicolas, on le sait désormais, est l’homme de tous les records. Mais celui qui nous intéresse ici, sur ce blog en premier lieu dédié au cinéma, est bien sûr d’être le premier homme politique en activité à être le personnage d’un film à son image. Une première en effet, car d’ordinaire, c’est plutôt quelques années, voire décennies qui se passaient avant qu’un tel projet ne voit le jour. Pas véritablement un biopic, le film ne traite que les 5 années du candidat de son entrée au gouvernement à la lente ascension vers le sommet, pas véritablement une comédie, bien que certaines séquences en ont bel et bien la saveur…A quoi pouvait-on donc bien s’attendre avec un tel sujet, et une telle audace ? Devant la décision d’un tel projet, Nicolas Sarkosy avait déclaré qu’il ne mettrait en aucune façon une quelconque pression sur l’équipe du film. C’est tout à son honneur.
Le résultat ? Eh bien une très agréable surprise. Le tour de force de ce film est donc de concilier une pincée de biopic,
avec quelques grammes de comédie, le tout sans jamais tomber dans la caricature, ce qui n’avait été toujours le cas avec les précédentes tentatives (sur Coluche notamment). Car c’est bien ce qu’il y avait à craindre à incarner ainsi des personnages dont l’attitude, les gestes et les paroles, sont encore somme toute encore assez présents dans nos esprits. Autant avec un personnage éloigné de nous de plusieurs décennies, qui plus est décédé, on peut prendre sur la pellicule quelques libertés en misant sur la mémoire sélective des spectateurs (Mitterand), autant avec un président encore en activité, aucune approximation n’est possible.
C’est là que le scénario est des plus importants. Le scénario, mais pas que…le casting aussi. Et nul doute que de ce côté-là, c’est Mission accomplie, et avec mention. Bien que pas très fan du cinéma français, j’avoue qu’ici, les acteurs incarnant le trio Sarkosy/Chirac/Villepin, respectivement Denis Podalydès, Bernard Lecoq et Samuel Labarthe sont tout simplement excellents. Avec une mention toute spéciale pour Podalydès qui colle au plus près de son illustre personnage, avec une tonalité et une gestuelle des plus crédibles. Sans être timorés, mais sans trop en faire non plus, le juste équilibre à été trouvé, ce qui permet d’apprécier l’ensemble du jeu d’acteurs. La plupart du temps juste et envoûtant. C’est assez rare que je sois dithyrambique sur un film français, mais c’est le cas ici, indéniablement.
Le film passe en revue, sans trop s’y attarder toutefois, les diverses « affaires » émaillant la vie personnelle ou politique du candidat Sarkosy, de l’affaire Cécilia et des SMS, à l’affaire Clearstream, en passant par l’épisode banlieues en feu. En effet, ces affaires-là, tout le monde les connaît, et le film préfère s’attarder sur les coulisses, les relations parfois tendues, entre les différents protagonistes du gouvernement.
S’il y avait à craindre un éventuel ennui, ou un parti-pris quelconque, il n’en est rien finalement, et le scénariste, connu pour son sérieux (Patrick Rotman…déjà auteur d’un documentaire sur Chirac, ou de la guerre d’Algérie…L’ennemi intime c’était déjà lui) nous fait découvrir les arcanes du pouvoir sans jamais lasser, nous montrant presque le côté « comédie » des réunions ou congrès. Plusieurs plans vont dans ce sens…Sarkosy s’entraînant seul sur scène en répétant son discours, les « coulisses » des déjeuners devant les journalistes…le tout soutenu par une musique qui rappelle fortement des numéros de cirque. A souligner également quelques savoureux échanges verbaux, dignes des plus belles « vannes » entre candidats, élus, ou désirant l’être, dans des dialogues aussi ciselés que son sujet principal.
Mais au final, que l’on aime ou pas l’homme politique qu’est Nicolas Sarkosy, c’est surtout une profonde humanité,
avec ses travers et ses défauts, qui se dégage du personnage (dans le film), qu’il soit tantôt séducteur et crédible, tantôt despotique avec son entourage (dans le film). S’il devait y avoir un tout petit bémol, ou quelques notes dissonantes (oups…mes cours de musique reprennent le dessus), ce serait probablement les imitations du personnage de Villepin en Poivre D’arvor pour les répétitions du discours de Chirac, ou celles, plus ridicules encore du personnage de Charon (Dominique Besnehard) en Ségolène Royal pour les répétitions du duel de Sarkosy. Sans avoir la pertinence d’un Karl Zéro (Dans la peau de Jacques Chirac) qui utilisait le tout et son contraire sur un Jacques Chirac cabotineur, bien qu’attachant, le film de Xavier Durringer s’en sort donc avec les honneurs, en grande partie grâce à un casting talentueux.
Certes le film ne prend pas vraiment de risque majeur, et on n’y apprendra pas grand-chose que l’on ne sache déjà. Mais pour qui s’intéresse à la politique, c’est l’occasion de découvrir les coulisses d’un monde aussi complexe que fascinant, entre hypocrisie, attitudes belliqueuses, sourires flatteurs ou détermination farouche. Pas vraiment flatteur, mais pas décrédibilisant pour autant, chacun verra donc dans ce film, selon son propre avis sur le personnage, l’occasion de se convaincre de ses idées envers lui...Si on n’aime pas Sarkosy, on y trouvera toutes les raisons de cette inimitié, et si on apprécie le personnage, on y trouvera également de quoi alimenter cet intérêt…Et ça, scénaristiquement parlant, c’est plutôt fort… 16/20
THE HUMAN CENTIPEDE
(The human centipede - First sequence)
de Tom SIX
Hollande - 2009
Avec Dieter Laser, Ashley C. Williams, Ashlynn Yennie, Akihiro Kitamura
Date de sortie cinéma : 30/10/2009
Genre : Thriller / Horreur (1h30)
Deux touristes américaines en Hollande sont victimes d’une crevaison en pleine nuit dans les bois. Afin de trouver de l’aide, elles s’enfoncent dans les bois et aperçoivent finalement une riche maison isolée. Le propriétaire, ancien chirurgien, les accueille froidement, puis décide de les droguer afin de les inclure dans une expérience cauchemardesque…
On ne compte plus aujourd’hui les films d’horreur plus crades les uns que les autres, et qui tentent, souvent vainement, de faire passer un message quelconque. A grand renforts de maquillages plus réalistes les uns que les autres, chacun de ces films tente d’aller toujours plus loin dans l’horreur de l’esprit humain. Pour des raisons souvent obscures, ou d’ordre psychologique ou encore religieux, le genre est devenu un exutoire des fantasmes les plus morbides de l’être humain. Prétexte inconscient et refoulé d’un atavisme séculaire, beaucoup de ces films revisitent les tentatives de recherches sur l’être humain initiées par les pionniers de la chirurgie moderne, tel Ambroise Paré, qui au Moyen-âge, étudiait sans cesse l’anatomie humaine via les malades et cadavres qui passaient entre ses mains, ou, plus proches de nous, des médecins nazis des camps de concentration.
Le film à l’affiche aujourd’hui ne fait pas exception à la règle, bien au contraire même. Ne cherchant à délivrer aucun message, le film se repose surtout sur un postulat médical qui tend à prouver que les plus grands chirurgiens se prennent souvent pour Dieu.
Digne héritier d’un docteur Frankenstein avec un esprit et un faciès de nazi sur le retour, le chirurgien de ce film donne
froid dans le dos tant il est né pour jouer ce rôle (imaginez un mix de Christopher Walken et de Lance Henricksen et vous aurez un bon aperçu du gaillard). Le docteur Heiter, spécialisé dans la séparation des siamois, se met en tête (à l’instar d’une célèbre compagnie de communication) de relier les hommes entre eux, et d’être le premier à créer un mille-pattes humain.
Pour cela, trois sujets (un japonais enlevé, et deux touristes plutôt mignonnes qui ont eu la bonne idée de crever un pneu en pleine foret et de frapper à la porte de ce bon docteur)…le premier sujet se verra greffer à son anus la bouche du deuxième sujet, et ainsi de suite…si vous êtes sur le point de passer à table…bon appétit.
Sur un sujet déjà bien ragoûtant, le réalisateur hollandais décide pourtant de ne pas mettre le paquet sur les plans sanglants et intimistes. En effet, et c’est peut-être là la force du film, c’est essentiellement la suggestion qui l’emporte, ainsi que des gros plans sur les regards des pauvres cobayes obligés de subir l’impensable. Pas très visuel donc, le film repose sur le jeu des acteurs et sur une ambiance franchement très malsaine, qui se focalise sur la psychologie ressentie par les personnages. Une situation cauchemardesque qui nous fait penser que le monde possède une belle brochette de dégénérés et de tarés de première catégorie.
A voir de préférence en français, car en version originale, vous aurez à lire trois sous-titres sur certaines scènes, l’allemand du docteur, l’anglais des américaines, ainsi que le personnage japonais qui lui ne parle ni hollandais ni anglais…même sous la torture !
A réserver à un public averti donc, pas tant pour des plans choquants et sanglants, car à part quelques vilaines cicatrices et des positions outrageantes, rien n’est montré au grand jour, mais plus sur un plan psychologique qui se veut très approfondi dans les situations et les actes du chirurgiens. Quelques maladresses et un jeu d’acteur sur certains personnages (les flics) pas toujours au top, mais une ambiance cauchemardesque qui donne parfois le frisson. L’horreur est humaine… ? A la vision de ce film, on serait tenté de dire oui. 14/20
LE COMPLEXE DU CASTOR
(The beaver)
réalisé par Jodie Foster
Avec Mel Gibson, Anton Yelchin, Jodie Foster, Jennifer Lawrence
Genre : Drame / 1h30
USA / 2010
Date de sortie cinéma : USA 20/05/11 - France 25/05/11
La vie de Walter n’est plus ce qu’elle était. Déprimé, il vit au ralenti, il s’éloigne de sa famille, ses proches. Sa femme finit par le chasser de la maison pour le bien de leurs enfants. Touchant le fond, il s’accroche malgré lui à une marionnette de castor trouvée un soir par hasard qui va devenir son sauveur et l'empêcher d'en arriver à mettre un terme à sa vie devenue si miséreuse... Il utilise cette marionnette comme une personnalité à part entière qui l'a "délivré" de son mal de vivre; extériorisant toute la détresse qu'il a en lui, toutes les choses qu’il n’ose pas dire à son entourage (famille, collègues). La marionnette devient alors sa "nouvelle personnalité", un nouveau Walter, plus positif et sûr de lui. Rapidement il reprend le contrôle de sa vie mais découvre peu à peu qu’il ne peut plus vivre sans vivre la "vie de son castor" qui le rassure et l'aide à surmonter son mal être si profond...Mais bientôt ce "castor" devient de plus en plus envahissant...
Au regard des derniers déboires personnels de Mel Gibson et de la cabale médiatique dont il fait l’objet, le tout combiné aux résultats de plus en plus médiocres des films dont il est l’acteur principal (Hors de contrôle a été un échec en grande partie de la médiatisation de ses frasques alcooliques et verbales), confier le rôle principal d’un film indépendant traitant de schizophrénie avait tout d’un casse-gueule assuré.
Mais Jodie Foster, dont l’amitié avec Mel Gibson remonte au tournage de Maverick en 1994, n’est pas de ses actrices à céder aux sirènes du scandale, et en tant que femme influente dans le milieu du business cinématographique américain, quand Jim Carrey et Steve Carell refusent en premier lieu le rôle principal, elle pense alors à Mel Gibson, et se battra pour l’imposer dans ce rôle, mettant justement en avant la comparaison entre la dépression de son personnage et la réalité personnelle d’un acteur toujours talentueux brisé par le refus de la profession de le voir désormais figurer au moindre générique d’un film (il devait tenir le rôle du tatoueur dans Very Bad Trip 2, et Leonardo Di Caprio lui aussi, pressenti pour le prochain film de Gibson sur les vikings, l’abandonne sans plus de ménagement). C’est, d’après les dires de l’actrice-réalisatrice, par pure amitié et par une volonté farouche de réhabiliter le Mel Gibson acteur qu’elle lui offre le rôle.
Ce qui aurait pu sembler de prime abord une vaste fumisterie ridicule, (le synopsis n’est pas des plus attractifs il faut bien l’avouer) se révèle au final un vrai tour de force. Tout en retenue, et avec la sobriété qu’on lui connaît elle filme donc sa troisième réalisation (après Le petit homme en 1991 et Week-end en famille en 1996) en mettent en scène un quinqua dépressif et suicidaire qui pour se sauver décidera de parler au travers une marionnette greffée au bras gauche. Dans ce film, elle montre également les sentiments sous-jacents, souvent (auto)destructeurs, de tout individu noyé dans la masse d’un monde cruel et injuste qui ne laisse que peu de place au bonheur et à l’épanouissement. Les institutions, la famille…tout y passe.
Mel Gibson, et ce n’est pas pour le défendre face à ce qui lui est reproché, y est d’un point de vue filmique tout à fait énorme et rend certaines scènes avec sa marionnette, qui auraient pu se révéler des plus ridicules, finalement profondément humaines et réalistes.
Anton Yelchin, qui joue ici le fiston universitaire d’un couple sur le point d’imploser, ne démérite pas non plus tant son
personnage ressemble intrinsèquement à celui de son père dans le film. L’un se cachant derrière sa marionnette, l’autre derrière des textes qu’il écrit pour d’autres où il y met beaucoup de lui-même. Chaque personnage, la mère (Jodie Foster), le père (Mel Gibson), le fils (Anton Yelchin) tous encore ensemble comme liés par le plus jeune fils, auront fort à faire en introspection personnelle pour se sortir d’une situation qui n’a pourtant guère de chance de voir une issue positive, au vu de tous les éléments présentés.
Derrière une apparence pessimiste et une réalité des plus crédibles, se cache en fait un espoir farouche de voir chaque individu se révéler aux autres en mettant de côté tout ce qui nous entraîne vers le bas. Porté par un Mel Gibson qui ne démentira pas ici les qualités d’acteur qu’on lui connaît, investi et habité qui y voit peut-être sa dernière chance de prouver sa véritable valeur, dans le but de faire oublier ce qu’on dit de lui dans la presse à scandale, le film, sans un être un chef-d’œuvre absolu, se pare de très beaux atours d’un drame puissant et profond, qui confirme pour l’une des talents de réalisatrice évidents, et pour l’autre une sensibilité à fleur de peau qui m’a toujours touché (sa tentative de suicide dans L’arme fatale, la force de son regard dans Braveheart, sa détresse dans La rançon où la perdition proche de la folie dans le Hamlet de Zefirelli sont autant d’exemples d’un acteur magnifique et grandiose et on ne peut plus humain qui m’a fait plus d’une fois frissonné d’émotion).
Bien sûr, loin des blockbusters speedés et explosifs, ce petit film indépendant, clairement estampillé drame psychologique, ne fait pas vraiment le poids, mais avec sa galerie de personnages torturés, il reste un bel exemple de ce que le cinoche peut apporter à ceux qui recherchent un cinéma plus intimiste et cérébral, sans tomber dans la pathos à sortir son mouchoir…A ce titre Le complexe du castor est une vraie réussite et ne laisse guère indifférent.
Mel Gibson ne m’a jamais déçu, et même si j’appréhendais ici, il n’en est rien finalement…Quel acteur…vraiment !!! 17/20
VICTOR WOOTEN
Comme certains d’entre vous le savent déjà, je me suis mis à la basse il y a maintenant près d’un an et demi. En cause, une écoute des morceaux, rock ou pas, où je restais systématiquement scotché sur la partie basse avec un respect et un émerveillement de plus en plus intense. Guitariste limité à la rythmique, j’ai donc suivi, avec près de 25 ans de retard, les conseils d’un oncle guitariste, celui-là même qui m’apprit mes premiers accords de blues, et me fit découvrir des gars comme Clapton ou Santana…cet oncle donc qui m’avait conseillé déjà à l’époque de plutôt me tourner vers la basse. Mais comme on est têtu à l’âge de 15 ans (et même un peu con il faut bien l’avouer), et que l’on préfère épater les filles en jouant de la gratte, je suis resté donc sur la 6 cordes, d’abord acoustique, puis plus tard électrique. J’ai même fait partie d’un groupe de rock…fort, pour ne pas dire métal, où j’ai pu épater quelques filles (il était temps, au bout de 10 ans !!!)
Mais petit à petit, c’est donc la basse qui s’est insinué en moi. Si je restais totalement admiratif devant certains guitaristes (Nuno Bettencourt d’Extrême, John Petrucci de Dream Theater, Steve Lukather de Toto, Joe Satriani, Steve Vaï, Steve Morse, ou dans un registre plus calme Mark Knopfler de Dire Straits ou David Gilmour des Floyd qui reste le king) dans les nombreux concerts, petit à petit les bassistes ont pris le relais. Ca a commencé avec Michaël Rutherford de Genesis, période Peter Gabriel où déjà il m’impressionnait par sa rapidité et sa présence sonore. Puis vint Steve Harris, le bassiste d’Iron Maiden, qui avait, en plus d’une maîtrise parfaite, une présence scénique incroyable. Et puis ça a continué avec Sting et Michaël Peter Balzary (alias Flea des Red Hot Chili Peppers), puis K’s Choice, un groupe belge dans lequel un américain, Eric Grossman, à livré des lignes de basse véritablement à tomber depuis son arrivée dans le groupe. C’est probablement avec Grossman que j’ai compris que la basse était aussi importante que le reste des instruments d’un groupe, et qu’elle donnait, outre une chaleur incomparable à un morceau, une signature unique, un support véritable. En m’intéressant de plus en plus à la basse, j’ai bien sûr regardé des vidéos des grands. Et c’est entre Jaco Pastorius, Marcus Miller et Stanley Clarke que je suis tombé sur un drôle de bonhomme mal fagoté, mais au talent et au feeling incomparables…Victor Wooten.
C’est que le gaillard connaît bien son affaire…c’est à l’âge de 3 ans (il en a aujourd'hui 47!) que son frère aîné Regi lui apprend les bases de l’instrument dans le but d’en faire le bassiste de son groupe. En effet les frères Wooten sont déjà 4 musiciens expérimentés, et c’est parce qu’il leur manque un bassiste que le petit Victor s’y colle. Plus tard il tournera donc avec ses frangins dans d’innombrables concerts dans leur région de Virginie. Il rencontrera beaucoup plus tard le banjoïste Bela Fleck, puis d’autres musiciens tels que Marcus Miller et Stanley Clarke.
Dès sa première vidéo (Ari’s eyes en live, ci-dessous) il m’a embarqué dans son monde, et je ne l’ai plus lâché. J’ai essayé de récupérer un max de vidéo de lui, et à chaque fois il me scotchait, me fascinait par son jeu, sa technique, sa « cool » attitude. Me dégoûtait souvent aussi, car tellement inaccessible.
Autant ses complices que sont Miller, Clarke ou Anthony Wellington restaient cantonné dans un seul style (Funk/Jazz/Fusion) Wooten lui, se diversifie et compose des morceaux tel un soliste surdoué. Il maîtrise aussi bien le slap (pour lequel il développe une méthode à 4 doigts mêlant l’aller retour du pouce et enchaînement index/majeur/annulaire jusqu’à un rythme de mitraillete !!!) que le taping et se spécialise dans l’exécution de morceaux avec sa LoopStation…petit boîtier qui enregistre des boucles samples sur lesquels il peut jouer jusqu’à 4 lignes de basse. Ainsi seul en scène, il est capable de créer un morceau à lui tout seul sans jamais lasser son auditoire en posant un accord rythmique, puis un accord mélodique, viennent ensuite l’accompagnement basse puis le phrasé principal ou solo.
Le premier morceau que je vous propose est de ceux-là. « Ari’s eyes » …Ecrit pour sa fille. Ca ne paie pas de mine au départ, et ce ne guère impressionnant…on se demande même quand est-ce qu’il va se mettre à jouer. Et puis, la LoopStation fait son office et l’on comprend alors la structure, lente à se mettre en place. Après, c’est un profond respect que l’on ressent envers lui, même si on n’est pas dans la démonstration absolue. Mais c’est ce que j’aime chez lui, cette sensibilité musicale, cette harmonie des accords et des notes. Du grand art tout simplement, même si cette version live est finalement totalement différente de la version studio, tout aussi belle, dans un style plus classique.
La seconde vidéo est un morceau qui s’appelle « Slow groove ». Plus traditionnel, il n’est plus seul en scène et est accompagné d’un batteur, d’un guitariste rythmique, et d’un clavier. Mais c’est lui qui reste le plus avant. Le morceau est essentiellement en taping. On pourra remarquer à un moment qu’il joue son accompagnement basse de la main gauche, et sa mélodie en taping de l’autre main. Reposant, ce morceau reste un de mes préférés par sa simplicité musicale, mais aussi par sa mélodie qui n’est pas sans rappeler ce que fait Santana sur sa guitare. J’adore.
Le troisième morceau est connu, il s’agit d’ « Amazing grace », réarrangé sauce Wooten qui joue ici essentiellement avec les harmoniques…et pour ceux qui joue de la guitare ou de la basse, si il est facile de les faire sonner, jouer avec et les inclure dans un morceau, c’est un tout autre exercice, autrement plus compliqué…sans compter qu’ici aussi il se permet de jouer son accompagnement basse en même temps. Le groove du milieu est particulièrement savoureux où il s’amuse à mettre des slides (glissés), ainsi que la toute dernière note qu’il veut légèrement dissonante et qu’il rééquilibre en tournant les mécaniques de tension des cordes…La grande, grande classe !
Voilà…j’espère que vous apprécierez cet artiste hors norme, et pour moi exceptionnel qui est à ce jour mon bassiste préféré, et je pense qu’au travers de ces trois vidéos, vous aurez aisément deviné pourquoi.
J'ai demandé à la lune
Changement de registre, aujourd’hui, je vous propose une photo. Tout le monde aura reconnu la Lune bien évidemment, photographiée lors de mon voyage au Cambodge (au moins une vingtaine de clichés de lunes différents). Seulement le cliché n’était pas très glamour à mes yeux, et somme toute assez classique, avec une seule petite étoile au compteur (en cliquant sur la photo elle s'agrandira).
Aussi comme j’ai depuis peu pris la résolution de me remettre une énième fois au logiciel Photoshop (je m’y suis mis un nombre incalculable de fois avant de baisser les bras devant la complexité du matos), en bidouillant quelques trucs afin de mieux le connaître, je suis arrivé au résultat que voici…
Recadrage, filtres de netteté, création d’étoiles de diverses tailles sans trop surcharger l'ensemble, et pour finir un effet « halo » pour rendre hommage à un de mes genres préférés au cinéma…la Science-Fiction.
Au départ je voulais découper la Lune seulement et la remettre sur une autre photo de ciel étoilé, mais je n’ai pas encore trouvé le truc. Quelques livres à la bibliothèque de ma ville m’y aideront certainement, mais en attendant… n'hésitez pas à dire ce que vous en pensez ;-)
DEVIL
Avec Chris Messina, Logan Marshall-Green, Jenny O'Hara
Genre : Thriller fantastique / épouvante
(USA/2010/1h20)
Date de sortie cinéma : 20 avril 2011
À Philadelphie, cinq individus débutent leur journée le plus banalement du monde. Ils pénètrent dans un immeuble de bureaux et montent dans l'ascenseur. Personne ne se connaît ni ne se salue. Ils n'auront à partager cet espace clos que pour un court instant. Mais, quand l'ascenseur reste bloqué, ce qui semblait aléatoire, s'avère vite parfaitement intentionnel, et leur sort ne leur appartient plus. Ces cinq inconnus vont voir leurs secrets exposés au grand jour, et chacun va devoir répondre de ses fautes. Doucement, méthodiquement, leur situation évolue de la simple contrariété à l'angoisse, puis à l'horreur totale. Un à un, l'adversité les frappe, alors que le doute quant à l'identité de l'auteur de ces terribles événements plane sur toutes les têtes... jusqu'à ce qu'ils comprennent la vérité : l'un d'eux est le diable en personne. Quand toute assistance venue de l'extérieur s'avère inutile, les passagers restants sont forcés de réaliser que leur seule chance de s'en sortir est de faire face aux crimes qui les ont menés là où ils sont aujourd'hui.
Difficile de parler d’un film tel que celui-ci sans en dévoiler certaines portions du scénario. Ce dernier n’est pourtant pas bien compliqué et sur le papier tient en quelques mots…5 personnes coincées dans un ascenseur en panne…l’une d’entre elles est le diable. D’où un titre sobre qui résume le film…ce qui est somme toute sa fonction première.
Très court, à peine 1h20, le film n’en reste pas moins un métrage intéressant. Pas un film d’horreur ou d’épouvante où l’on sursaute ou frissonne façon fantômes japonais…par ailleurs on ne frissonne quasiment pas. Cependant, à la manière des thrillers à tendance fantastique, le réalisateur réussit à distiller des ambiances qui interpellent le spectateur et on se surprend à essayer de démasquer l’intrus parmi les usagers de cette cabine exigüe. A la manière de Phone game (une cabine téléphonique) ou Buried (un cercueil), le réalisateur nous livre un bel exercice de style. C’est le casting qui ensuite prend le relais…en choisissant des personnes radicalement différentes dans leurs physiques (un ex soldat, une jeune femme en instance de divorce, un agent de sécurité fraîchement embauché, un commercial arriviste et hautain, et une vieille dame) le spectateur y va de son pronostic personnel. Les plus malins réussiront, avant la première manifestation diabolique, à isoler un, voire deux personnages
Si l’on commence à voir ce film tout en connaissant le scénario, instinctivement, c’est le cérébral qui prend le dessus, comme si, involontairement on ne voulait pas se faire avoir par une énième et quelconque manipulation cinématographique. Montage rapide, importance de la bande son dans des scènes qui se passent dans le noir complet, le réalisateur fait ce qu’il faut pour que ça marche, même s’il manque ce petit supplément de frousse qui aurait été le bienvenu sur ce genre de film.
Si l’histoire et la production du film sont à l’initiative de M. Night Shyamalan, ce dernier délaisse ici la réalisation au profit d’un réalisateur et d’acteurs quasi inconnus. Pour autant cet exercice de style qui a coûté un peu moins de 10 millions $, à triplé la mise de départ en 8 semaines d’exploitation salle aux USA. Une belle revanche pour le réalisateur d’origine indienne qui avait, sur ces derniers films moins convaincu que d’ordinaire. Il se contente d’apporter l’idée, de laisser un autre scénariste gérer cette histoire à priori simpliste. Aussi, le scénario devait impérativement se faire surprenant dans sa finalité, et pour ma part, il l’est, sans être toutefois un chef-d’œuvre du genre. Le scénariste est celui de Hard Candy, un petit thriller déjà fort sympathique et prenant qui révélait Ellen Page.
Agréable surprise donc, mélange d’enquête policière, d’analyses psychologiques pour un film qui, s’il ne fait absolument pas peur, réussit à retenir l’attention du spectateur sans jamais le lasser, malgré un message sur la foi qui aurait pu paraître douteux et maintes fois vu, mais qui passe plutôt bien sans faire de prosélytisme religieux (après tout, ce n’est pas le premier à le faire, et il y en aura bien d’autres)…Et ça, c’est plutôt rare de nos jours. Bon divertissement. 14/20
LES YEUX DE JULIA
(Los Ojos de Julia)
De Guillem MORALES
(2010/Espagne/1h55)
Avec Belén Rueda, Lluis Homar, Julia Gutiérrez Caba
Genre : Thriller
Date de sortie cinéma : 22 décembre 2010
Quand Julia apprend la mort soudaine de sa sœur Sara, tout semble clairement indiquer qu’elle s’est suicidée. Mais Julia n’arrive pas à accepter cette version des faits et commence à passer au crible les événements qui ont eu lieu les derniers mois avant le drame. La découverte d’éléments déconcertants, en désaccord avec la personnalité de Sara, et sa rupture de contacts avec son entourage, ne font que nourrir les soupçons de Julia quant aux circonstances réelles du décès. Décidée à résoudre l’énigme de cette ultime période, Julia devient l’objet d’une singulière menace qu’aucune autre personne autour d’elle, y compris son mari Isaac, ne semble percevoir, alors même que la maladie dégénérescente dont elle souffre prend le dessus, la plongeant petit à petit dans l’obscurité. La compréhension et l’amour d’Isaac avaient jusqu’alors eu raison des attaques de cécité de Julia, mais une série d’incidents inquiétants, et toujours plus violents, menacent son équilibre, l’enfermant inexorablement dans le monde des ténèbres, à la merci de la présence terriffiante qui s’y terre...
On le sait désormais, le cinéma espagnol, quand il se spécialise dans un genre, à déjà marqué par maintes fois les annales du cinéma. Puisqu’il s’agit ici de thriller, que ce soit Alejandro Amenabar avec son classique immédiat Les autres, Paco Plaza avec L’enfer des loups, Juan Antonio Bayona avec L’orphelinat, Jaume Balaguero avec Darkness, La secte sans nom ou [.REC], Rodrigo Cortès avec son surprenant Buried, ou encore Guillermo Del Toro (Mexicain, mais très impliqué dans le cinéma de langue espagnole) avec L’échine du Diable ou son percutant Labyrinthe de Pan, tous ces films montrent un talent certain dans des ambiances qui n’ont absolument rien à envier aux productions américaines les plus récentes.
Un peu passé inaperçu, malgré la présence attentive et paternaliste de Guillermo Del Toro à la production, Les yeux de Julia se révèle tout à fait brillant, et il faudra compter désormais avec ce Guillem Moralès.
Sur un scénario très habile, même s’il ressemble quelque peu à Blink, ou son penchant asia(fantas)tique The eye, on oublie vite la comparaison tant l’ambiance est ici différente et toute aussi délétère. Si une comparaison devait être faite, ce serait plus proche d’un mélange de Psychose et du Silence des agneaux (pas au niveau de l’histoire, ni sur l’impact visuel du film, mais sur certains aspects de la réalisation).
En effet, digne d’un suspens à la Hitchcock le réalisateur instaure un climat très angoissant, aux limite du fantastique, et ce dès les premières minutes. Après une entrée en matière très réussie, on est très vite happé par l’histoire, et malgré les presque deux heures de métrage, on en ressort avec l’agréable impression de ne pas avoir perdu son temps.
Les acteurs sont tous très charismatiques, et les visages de certaines actrices (la séquence de l’établissement pour aveugles avec leurs yeux vitreux) sont mis en valeur par des plans qui réussissent à donner le frisson sur des scènes en plein jour (la scène du cimetière également). On pense de suite à un film de fantômes comme il en existe tant, mais l’habilité du scénario, et de la mise en scène nous emmènent aussi sur un autre terrain tout aussi mystérieux. Car le réalisateur s’amuse à brouiller les pistes en masquant volontairement les visages des personnages secondaires par d’habiles cadrages, ce qui ajoute à la confusion, ou de mêler les cauchemars à la réalité pour mieux nous embrouiller l’esprit.
Quoiqu’il en soit, si la mise en scène est volontairement sombre et froide (la photographie, et la maladie dégénérative du personnage aidant), le film se termine sur une note d’une chaleur insoupçonnée, qui remet tout le film en question.
La musique qui reste discrète et angoissante, ne manque pas de nous faire frissonner en adéquation avec les images, et sait aussi se parer de très belles mélodies sur des scènes plus intimistes ou dramatiques.
Les yeux de Julia est donc un film à recommander chaudement aux amateurs du genre. Gros coup de cœur pour ce métrage espagnol qui ajoute sa pierre à l’édifice du genre. 17/20
UNE VIE RÊVEE (Jason Mraz - I'm yours)
Certains d'entre vous le savent déjà, je suis musicien amateur, et j'accorde énormément d'importance à la musique et le partage entre hommes et femmes de différents pays. La musique est à ce titre un langage universel qui permet de communiquer sur divers sujets, certains graves, d'autres plus léger, ou encore tendres ou superflus.
Ce petit clip représente ce que j'aurais voulu faire de ma vie, parcourir le monde, échanger, rencontrer des âmes, s'en nourrir, le tout sur fond de musique, en rencontrant des musicos au détour d’une rue, d’un bar, d’une plage. Il faut bien sûr avoir le talent, et la volonté farouche de tout laisser derrière soi afin de parcourir le monde, ce que je n’ai jamais eu, autrement que par des rêves secrets et quelque part fantasmagoriques.
De par son morceau, Jason Mraz reflète bien l'importance de vivre sa vie en faisant ce qu'on aime faire. Merveille de montage, ce clip représente donc la vie rêvée d’un amoureux de la vie, des gens, qui voie le monde autrement, les yeux grands ouverts, avide de ne plus se compliquer la vie, et de regarder au fond de notre cœur, de vivre notre vie car le temps nous est compté. Une philosophie pleine de bon sens que nous avons un peu oublier en mûrissant.
Le morceau, vous le connaissez probablement, il est passé en boucle à la radio, mais peut-être n’avez-vous pas eu l’occasion de voir le clip. Personnellement, j’ai retrouvé quelques sensations de mes voyages, et Jason Mraz m’a montré la finalité de ce que j’ai simplement commencé à voir durant ces voyages. Un rêve inaccessible, mais tellement beau et porteur d’espoir qu’il serait dommage d’y fermer les yeux.
J’espère que vous en apprécierez les images, les décors, et les sourires...et son T-shirt aussi...deux formes humaines dont les têtes sont reliées par deux notes de musique (l'harmonie par la musique)...et là, je crois que tout est dit !!!
LA CHANCE DE MA VIE
De Nicolas Cuche
Avec François-Xavier Demaison, Virginie Efira, Armelle Deutsch,plus
Date de sortie cinéma : 05 janvier 2011
Genre : comédie sentimentale
(France / 2009 - 1h25)
Julien Monnier a un sérieux problème. Il a beau être un conseiller conjugal brillant, il n'arrive pas à garder une femme dans sa vie plus de deux semaines.
Et pour cause, depuis son plus jeune âge, Julien porte la poisse à toutes les femmes qui s'éprennent de lui. Mais pas une petite poisse. De celles qui vous envoient à l'hôpital plusieurs fois par semaines, qui brisent votre vie professionnelle ou qui vous fâchent à vie avec vos proches. Julien est à proprement parler un vrai chat noir pour les femmes.
Joanna Sorini va vite l'apprendre à ses dépens le jour où elle le croise.
Une carrière en plein décollage, une vie amoureuse qui semblait enfin prendre un bon tournant, tout cela risque de bien changer...
Une fois n’est pas coutume (n’étant franchement pas fan des comédies françaises), je vais m’attarder sur un petit coup de cœur. Certes le film ne révolutionnera aucunement le genre, formaté depuis bien trop longtemps par des essais le plus souvent ratés. Mais ici, le rythme est soutenu, les dialogues subtils et drôles, et les acteurs principaux assez impliqués, dont on sent la sincérité et le côté bon enfant ressortir dans chaque séquence.
Bien sûr le film n’échappera aux situations comiques et aux quiproquos, parfois prévisibles, et aux forts goûts de déjà-vu, mais ça passe plutôt bien, grâce au rythme et dialogues dont j’ai parlé plus avant.
Humoriste de son état, François-Xavier Demaison, ancien trader reconverti dans le one-man show, incarne avec sobriété et non sans un certain charisme un conseiller conjugal aux méthodes pour le moins surprenantes mais qui semblent fonctionner au-delà de toutes espérances.
Pour la partenaire féminine, ancien atout charme de la petite chaîne qui monte, Virginie Effira, prouvait déjà à la télévision que son humour n’avait d’égal que son charme, en jouant les potiches de service dans une série déjà assez réussie.
Et c’est peut-être la recette qui fait que le film fonctionne. Pas de stars du cinéma, mais le sentiment de voir une production télé hyper léchée, et travaillée pour le plaisir véritable du spectateur. Mariage réussi de la scène comique et de la télé (On retrouve par ailleurs plusieurs visages connus du petit écran et de la scène…Doudi de Samantha, Elie Semoun (pas au meilleur de son talent), Francis Perrin ou Thomas Ngijol) le film se veut un témoignage de ce que le cinéma français peut faire quand il s’en donne les moyens et qu’il ne pète pas plus haut que son cul.
Agréable et plaisant, simple, mais sincère, le film utilise l’exercice risqué de la voix-off, ici utilisé de bout en bout,
pour nous montrer les déboires d’un poissard patenté, et l’on suit avec un plaisir presque vicelard le voir se prendre des vestes et des râteaux.
Attendrissant, le pitch du film est une variation sur le thème de la chance et de son contraire qui génère inévitablement une réflexion philosophique insoupçonnée en fin de métrage, en mettant en avant le côté positif de chaque petit incident de la vie. Un bon point de ce côté-là.
Si dans sa seconde partie, on note quand même un léger surjeu d’acteur, et un manque de spontanéité, l’ensemble reste des plus agréables à regarder et change des comédies adolescentes ou beauf dont le cinéma français nous inonde depuis des années. Assurément un bon moment de détente, même si, je le répète, le film est très loin d’être un chef-d’œuvre du genre. 15/20










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